L’on se souvient encore quand le Pape Jean Paul II avait appelé Mgr Robert Sarah à Rome pour partager sa mission universelle. Avant de quitter sa Guinée natale pour le Vatican par obéissance à l’église et au Père de la famille catholique le Saint Père, l’homme avait tenu à exprimer au président Lansana Conté et à son gouvernement d’alors, ses vives inquiétudes par rapport à la gestion de l’Etat. C’était le 16 novembre 2001 lors d’un banquet que le gouvernement avait lui-même bien voulu organiser en son honneur. Pour ceux qui ont la mémoire courte, votre site ‘www.guineelive.com’’ a essayé tant bien que mal de vous apporter ceci…Rappel histo-risque!
Je suis inquiet pour l’unité, la cohésion et la concorde nationales gravement compromises et fracturées par le manque de dialogue politique et le refus de la différence. Je suis inquiet pour la sécurité du citoyen guinéen, pour la sécurité des personnes, de leurs biens et de leurs patrimoines dans un pays où la loi, la justice, l’éthique et les valeurs humaines ne constituent plus des références et des garanties pour la régulation de la vie sociale, économique et politique. Je suis inquiet pour la liberté démocratique du citoyen guinéen, sa liberté de penser, d’écrire, de s’exprimer, d’avoir une opinion politique. Cette liberté qui se laisse progressivement prendre en otage par des dérives idéologiques pouvant conduire à l’intolérance et à la dictature. Autrefois, la parole donnée était sacrée. Et la valeur de l’homme se mesurait à sa capacité d’être fidèle à sa parole. Autrefois, la parole publique des sages et des griots de nos sociétés traditionnelles était un lieu et une occasion d’éducation civique et morale et d’imprégnation des lois et des coutumes. Aujourd’hui, les mass media, la démagogie, les méthodes de conditionnement mental et tous les procédés sont utilisés pour abuser l’opinion publique, conditionner les gouvernants, manipuler les esprits, donnant ainsi l’impression d’un viol collectif des consciences et d’une grave confiscation des libertés et de la pensée. Je suis inquiet pour le sort des petits, des humbles et des pauvres, des couches laborieuses de la Guinée profonde, livrées à la manipulation politique, et qui ne sont objet d’intérêt et d’attention des hommes politiques qu’à l’occasion des joutes électorales. Convenons-nous, que d’une élection à une autre, leur sort n’aura pas changé, leurs conditions de vie n’auront connu aucune amélioration substantielle. Si la démocratie se définit comme le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, son bénéfice se vérifie dans la réalité du progrès social, économique et politique du peuple. Il ne saurait donc y avoir de véritable démocratie, de dignité et de fierté dans la pauvreté et dans la misère. Je suis inquiet pour une société guinéenne qui se construit sur l’écrasement des petits par les puissants, sur le mépris du pauvre et du faible, sur l’habilité des mauvais intendants de la chose publique, sur la vénalité et la corruption de l’administration et des institutions républicaines, sur la démagogie des responsables administratifs et politiques. Je suis inquiet pour la prospérité de la nation guinéenne qui investit tant d’énergie et d’argent, comme dans la majorité des pays africains, dans des débats stériles. Car, le véritable débat qui doit mobiliser toute notre attention, toutes nos énergies, toutes nos ressources humaines et financières, est le débat sur le développement économique et social de la Guinée.
Je ne pouvais quitter la Guinée, Excellence Monsieur le Président et cher Ami, sans interpeller une dernière fois notre conscience personnelle et collective face à nos responsabilités historiques. C’est l’amour de mon pays qui me donne l’audace de proclamer ce que je crois. Et comme je voudrais communiquer à chaque Guinéen, surtout aux responsables et leaders politiques, la passion qui me dévore pour la prospérité de la nation guinéenne.
Mais au nom de Dieu, et par souci de probité morale et intellectuelle, après avoir consciencieusement et lucidement scruté et analysé les événements et les signes des temps, je ne pouvais ne pas proclamer la vérité et les droits de notre peuple, et dénoncer les injustices, les idéologies, les orientations politiques, économiques et sociales et les comportements qui écrasent la liberté et la dignité de l’homme et démolissent nos efforts de développement.
Mon combat pour mon peuple et mon cher pays, se jouera désormais dans la prière. Je promets à tous mes frères et sœurs guinéens, que je me tiendrai à genoux, chaque jour devant le seigneur pour intercéder pour mon pays. Je ne cesserai jamais d’être ce veilleur infatigable, en présence du Seigneur et à la porte de la cité guinéenne. Encore une fois, peuple de Guinée mon peuple bien-aimé, s’il m’est arrivé de te blesser, de t’offenser, de t’avoir humilié ou choqué, pardonne-moi, excuse-moi, je suis ton enfant. J’ai parlé sans regarder ton visage. J’ai parlé uniquement en regardant Dieu et en écoutant sa voix et les exigences de la vérité. Alors, au nom de Dieu, pardonne-moi.
Un rappel proposé
par Sotigui Kaba